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L’équipe de France n’est pas à vendre !

1 juillet 2010 Aucun Commentaire

François ASENSI, Député de Seine-Saint-Denis

Auteur du rapport sur la réforme des statuts des Fédérations sportives

Paris, le 24 juin 2010

Déclaration

L’équipe de France n’est pas à vendre !

La France du football est sous le choc du spectacle désolant offert par son équipe nationale. L’heure est à la recherche de responsables et les critiques pleuvent sur le management et la gestion sportive de la Fédération française de football, il est vrai peu encline à l’autocritique.

Je crains que l’offensive pour la déstabiliser renforce au contraire le conservatisme de cette structure et un comportement rétif à toute réforme.

Quel est l’enjeu du débat actuel : d’aucuns considèrent, et ils sont nombreux parmi les ministres de la majorité, les patrons de clubs, et les affairistes du football, qu’il faut aujourd’hui détacher l’équipe de France de la Fédération, et lui donner un statut privé, au nom de la « compétence » des actionnaires.

Mais attention, danger ! Ce n’est ni plus ni moins que la confiscation de la marque « France » que délègue l’Etat. Confiscation à des fins mercantiles et privées, ce qui ne garantit pas de bons résultats.

En intervenant dans ce débat, l’État est dans son rôle. C’est lui qui attribue aux fédérations sportives leur délégation de service public. Par ce statut, la Fédération de football se doit de rendre compte de son action aux licenciés, mais également à l’Etat sur la mise en œuvre de conventions passées avec lui.

Quant aux états généraux du football que veut organiser le président de la République, ceux-ci sont les bienvenus à condition qu’ils respectent le modèle français associatif et qu’ils réunissent tous les acteurs de ce sport : public, éducateurs, joueurs, présidents de clubs, élus nationaux et surtout locaux, les clubs amateurs, les dirigeants de districts et de ligues, et naturellement les instances fédérales.

Les amoureux du ballon rond comme la plupart des habitants de ce pays ne peuvent se réjouir de la débâcle sportive et éthique lors du Mondial. Pourtant, certaines voix autorisées semblent décidées à en tirer partie.

Dans ce concert de critiques, j’entends la remise en cause du modèle fédéral et l’accaparement de la France du football par les thuriféraires de l’argent roi. La critique contre son prétendu amateurisme masque le regret que cette instance associative ne soit pas soumise aux intérêts mercantiles des clubs professionnels et de leurs actionnaires.

Le vocabulaire de cette offensive est instructif. « Réforme de la gouvernance », « audit externe », « états généraux du football », le ministère des Sports entend imposer au football les lois du libéralisme.

Je refuse que l’équipe nationale devienne une vulgaire franchise. Le dialogue avec les structures professionnelles doit certainement être amélioré, sans pour autant que leur soient confiées les manettes de la sélection nationale de football. Souhaitons-nous un fonctionnement calqué sur le basket-ball aux États-Unis, dans lequel les meilleurs joueurs français déclinent les convocations en équipe de France sous la pression de leur club de NBA ?

En assurant la cohésion de l’ensemble du mouvement footballistique, de la division d’honneur  aux sommets de la Ligue 1,  il est dans le rôle de la Fédération d’assumer les valeurs de ce sport sa diffusion auprès du plus large public. Beaucoup de nations nous envient ce modèle français qui nous a tout de même mené à la victoire lors de la coupe du monde 1998.

C’est à un véritable coup de force contre le peuple du football, ses deux millions de licenciés, ses millions d’amis, auquel nous assistons. La voix des passionnés du ballon rond doit absolument se faire entendre.

***

La faillite de la sélection nationale en Afrique du Sud montre l’inquiétante dérive d’un sport corrompu par les enjeux financiers. Les comportements irrespectueux, des joueurs à l’entraîneur,  marquent une profonde perte de repères et l’abandon des valeurs collectives au profit d’un individualisme forcené. Certains joueurs y voient un simple tremplin, pour briller individuellement, en opposition aux valeurs collectives et à l’altruisme, fondements de tout sport d’équipe.

Ces évolutions entrent en résonance avec les fragilités de notre société, mais révèle plus encore les impasses du « football-business » arrachant des adolescents « immatures » à leurs familles et les ballottant telles des marchandises apatrides. En appeler à l’amour du maillot chez ces joueurs, pour la plupart exilés fiscaux, est d’une rare hypocrisie. Sans les exonérer de leurs responsabilités, le rôle de leurs entourages est en cause, poussant aux transferts indécents et aux contrats publicitaires faramineux pour leurs propres intérêts.

Il faut refuser la stigmatisation des banlieues populaires, qui s’est exprimée jusqu’au gouvernement, après l’élimination du mondial. Reporter la défaite de l’équipe de France sur un supposé manque de patriotisme des joueurs issus des banlieues est proprement inacceptable et injuste. Comment cette diversité qui a fait notre force en 1998 pourrait-elle devenir une faiblesse aujourd’hui?

Il faut bien admettre que nous n’avons pas une grande équipe. La présence nombreuse de joueurs dans les meilleurs clubs européens n’y suffit pas. Une bonne équipe de football, ce ne peut être seulement l’addition de bons joueurs. Il y faut aussi l’esprit d’équipe qui en fait une force aux qualités collectives physiques et mentales.

Le fonctionnement des centres de formation ne peut rester à l’abri de toute introspection. Les amateurs de ce sport constatent un formatage des élèves-joueurs et la recherche de profils stéréotypés faisant la part belle aux qualités physiques intrinsèques, notamment en milieu de terrain. Combien de Lionel Messi auront été freiné dans leur ascension par cette obsession de la performance individuelle au détriment de la créativité ?

La défaite de l’équipe de France en Afrique du Sud est aussi la défaite du beau jeu. Jamais nous n’avons vu dans cette sélection les jeux de mouvements dans lesquels le ballon prend vie par les efforts de tous, par les déplacements souvent vains de chaque joueur, offrant enfin une brèche à un coéquipier. A croire que ce qui a le plus manqué dans la formation de nos joueurs, c’est l’esprit de solidarité.


« Rapport et propositions pour une réforme des statuts des fédérations sportives », François Asensi, parlementaire nommé par le Premier ministre Lionel Jospin en mission auprès de la ministre des Sports Marie-Georges Buffet, Avril 2000

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